Trafics d'armes : enquête sur les marchands de mort
Laurent Léger.
Flammarion (342 p., 20 euros)

Pour comprendre l'enchevêtrement des procédures administratives d'un commerce d'armement aussi lucratif que stratégique, il faut être à la fois un bon limier et un documentaliste organisé. Laurent Léger, investigateur de Paris-Match, le démontre avec talent quand il détaille les activités de certains intermédiaires identifiés, leurs connexions réelles ou fantasmées avec les services de renseignement, les acteurs non gouvernementaux insurgés ou les classes politiques dirigeantes au Nord comme au Sud.

L'écriture alerte de cette enquête de deux ans laisse pourtant un goût d'inachevé. Non, on ne peut pas, contrairement à l'expression d'un "expert des services secrets", "stopper, si on le voulait, en dix-huit mois toutes les filières". Le travail pour y parvenir est gigantesque: il faut, par exemple, renforcer, et ce ne sera pas suffisant, les outils juridiques à disposition des magistrats (par exemple, transposer en droit interne les embargos), instituer de nouvelles règles administratives (comme contrôler ex ante les transactions des courtiers), mobiliser des moyens bureaucratiques (en particulier des officiers de police judiciaire) ou encore négocier avec les clients finaux la possibilité d'avoir un droit de regard durable sur les matériels livrés. Il convient aussi de préciser quels sont les "trafics" que nous voulons interdire et être plus précis que Le Petit Robert qui nous dit que le trafic est un "commerce plus ou moins clandestin, immoral et illicite". Encadrer les "marchands de mort" c'est certes s'assurer d'un contrôle parlementaire efficace des services de renseignement, transformer un code de conduite européen en traité de l'Union, mais c'est surtout combattre une chaîne d'actions frauduleuses dont la livraison de l'armement n'est qu'un des actes.

François Guilbert

Alternatives Internationales, n°33, page 77 (12/2006)
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