D'où viennent les néoconservateurs ?
Par Francis Fukuyama.
Grasset (92 p., 9 euros)

Ce livre est la traduction d'un seul et unique chapitre du dernier ouvrage de Francis Fukuyama (America at the Crossroads: Democracy, Power, and the Neoconservative Legacy). Grasset n'a pas jugé bon d'offrir au lecteur francophone une version intégrale. Contrairement à ce que suggère le titre de cette édition light, le propos de l'auteur est d'expliquer quel est l'héritage (legacy) intellectuel des néoconservateurs. Selon lui, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain qu'est l'échec irakien. Depuis 2004, Fukuyama est devenu assez critique à l'égard de la politique de l'administration Bush et de la "deuxième génération " de néocons, en particulier William Kristol et Robert Kagan, qui avaient critiqué l'évolution de Reagan et la "frilosité" de Bush père alors que Fukuyama avait travaillé pour eux et vanté leur bilan. Sauver l'héritage néoconservateur, c'est donc montrer que les racines sont saines. Fukuyama rappelle ses thèses contre l'impatience "léniniste" des jeunes néocons: la démocratie triomphera, non par la force des armes, mais comme conséquence de la modernisation. Cette modestie sur la capacité américaine à transformer le monde est bienvenue. Mais il persiste à affirmer que la politique étrangère reflète les valeurs de la société qui la met en oeuvre; or là est le débat, puisque bien des régimes qui oppriment leurs populations ne sont pas expansionnistes , et que bien des démocraties se lancent dans des aventures extérieures peu reluisantes. La nature des régimes politiques dans les relations internationales est éludée au profit d'une autojustification, comme, la discussion de fond sur les postulats néoconservateurs.

Pierre Grosser

Alternatives Internationales, n°33, page 78 (12/2006)
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