Un espoir fou dans le couloir de la mort
Par Pierre Luton.
Editions K&B, Amnesty International (255 p., 18 euros)

En 1983, Richard Rossi, 36 ans et toxicomane, tue un homme et blesse une femme. Condamné à la peine capitale, il croupit depuis dans les couloirs de la mort de l'Arizona. Après quatorze années de prison, il inaugure une Super Maximum Unit, du nom de ces quartiers de très haute sécurité "où il perd tout droit à une existence digne d'un être humain". Interpellé par son histoire, le journaliste indépendant Pierre Luton part à la rencontre du prisonnier et relance, à travers son ouvrage, le débat sur la justice, la prison et la société. Il découvre un homme fragile et fort, désorienté et optimiste, assumant son passé et croyant, tant bien que mal, à "une deuxième chance". Car Rossi, pauvre et mal défendu, fut condamné par un juge seul, et non par un jury comme la loi le stipule. Un magistrat toxicomane à l'époque du procès et déjugé depuis pour une autre condamnation à mort. Le fol espoir entretenu par la longue litanie des appels permet à Richard de supporter "une décomposition lente à la fois physique, sociale et spirituelle": il doit supporter la lumière artificielle, l'inactivité, l'isolement, les privations, le manque d'hygiène, les consultations médicales payantes... Mais malgré le soutien moral apporté par ses correspondances avec ses amis du monde libre, son corps n'a pas suivi. Richard Rossi est décédé brutalement le 23 avril 2006. 38 Etats américains sur 50 appliquent la peine de mort.

Xavier Frison

Alternatives Internationales, n°33, page 80 (12/2006)
Alternatives Internationales - Un espoir fou dans le couloir de la mort