Lectures
Les Nouvelles Concubines
Par Pierre Tiessen et Zheng Baichun.
Ed. du Toucan (223 p., 18 euros).

Derrière les succès économiques, une croissance de 9 % et un tout nouveau statut de premier exportateur mondial, se cache une société chinoise bouleversée par la corruption, l'exode rural, la traite des être humains et bien d'autres maux encore. Les cellules familiales sont elles aussi malmenées : en ville, 20 à 30 % des hommes entretiendraient une deuxième épouse (ernai). Une " expression ostentatoire de richesse et de réussite sociale ", plus visible et répandue chez les riches cadres, mais qui touche toutes les couches sociales, comme en témoignent le journaliste Pierre Tiessen et l'avocat Zheng Baichun, fondateur, en 2006, de la première structure d'aide juridique aux concubines. Du sordide (viols, pauvreté des relations affectives au sein des couples légitimes, notamment ceux qui se sont formés à l'époque de la Révolution culturelle, suicides liés aux violences conjugales, dénuement des mères célibataires, etc.) au vaudeville (cohabitation tumultueuse des concubines, dénonciations par internet...), nos deux auteurs dépeignent un phénomène de société qui touche des centaines de milliers de femmes sur le continent et Hong-Kong (100 000 pour la seule province du Guangdong). Ce reportage est loin de l'étude savante La Vie sexuelle dans la Chine ancienne de Robert Van Gulik (Gallimard), mais au travers des ernai apparaît une République populaire où il est encore difficile de divorcer et où le sexe se marchandise plus que jamais (2 000 sex-shops ouverts en cinq ans à Pékin, 90 % des 35 000 fonctionnaires impliqués en 2008 dans des affaires de pots-de-vin entretenaient des relations adultérines).

François Guilbert

Alternatives Internationales, n°46, page 77 (03/2010)
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