Lectures
Microfinance et politique publique
Sous la direction de Bernd Balkenhol.
PUF (356 p., 25 euros).

C'est l'heure du bilan pour la microfinance.Elle fait l'objet de nombreuses études, dont cet ouvrage qui regroupe des contributions d'universitaires ayant une teneur souvent très technique. La microfinance, c'est essentiellement le microcrédit, mais aussi des formes d'assurance pour les pauvres et des actions de lutte contre l'exclusion bancaire. Elle est devenue aujourd'hui un outil privilégié de développement des pays les moins avancés aux yeux des institutions internationales en particulier en raison de sa capacité théorique à s'autofinancer. Or, cette capacité est en réalité limitée et de nombreuses dérives sont par ailleurs constatées sur le terrain. Ainsi, les populations les plus pauvres et vulnérables ont parfois tendance à être délaissées par les institutions de microfinance (IMF), dans la mesure où ces dernières, censées atteindre leur autonomie financière, doivent veiller à leurs coûts de gestion. L'épargne collectée auprès des plus pauvres peut même être employée pour octroyer en priorité des prêts à des entrepreneurs présentant des garanties élevées, même s'il s'agit-là d'un effet pervers relativement rare. Aussi l'ouvrage rappelle-t-il en conclusion qu'il est certes important que les subventions publiques et privées accordées aux IMF soient assorties de critères de gestion, mais en veillant à ce que ces exigences n'entraînent pas un abandon des ambitions sociales qui sont leur raison d'être.

Naïri Nahapétian

Alternatives Internationales, n°46, page 78 (03/2010)
Alternatives Internationales - Microfinance et politique publique