Lectures
Les Islamistes saoudiens : une insurrection manquée
Par Stéphane Lacroix.
PUF (390 p., 29 euros).

Quinze des dix-neuf pirates de l'air qui ont ensanglanté les Etats-Unis le 11 septembre 2001 étaient saoudiens. Pour autant, l'histoire de l'islamisme radical de la péninsule Arabique est très largement méconnue. Il est vrai qu'en ce domaine comme dans bien d'autres, enquêter sur ce pays, même pour un excellent arabisant, n'est guère aisé. C'est néanmoins le tour de force qu'a réussi Stéphane Lacroix pour nourrir la thèse de doctorat dont ce livre est tiré.

Influencée par la théorie des mouvements sociaux, l'enquête de l'enseignant de Sciences Po Paris met en évidence un espace culturel saoudien composite et qui ne se réduit pas à un credo wahhabite figé depuis le XVIIIe siècle et exporté depuis aux quatre vents. A contrario, le royaume apparaît socialement et religieusement bien plus complexe. Le wahhabisme - une doctrine islamique fondamentaliste - y est non seulement en perpétuelle mutation, mais est également peu politisé. Le territoire saoudien s'avère avoir été aussi le réceptacle de tous les courants islamistes revivalistes du XXe siècle, la dynastie au pouvoir déviant la contestation politique en flattant le sectarisme. Pour ceux qui s'intéressent aux mouvements les plus violents de l'islamisme saoudien, on recommandera de lire parallèlement l'ouvrage de Thomas Hegghammer qui vient de paraître (en anglais) : Jihad in Saudi Arabia : Violence and Pan-Islamism since 1979 (Cambridge University Press, 2010).

François Guilbert

Alternatives Internationales, n°48, page 76 (09/2010)
Alternatives Internationales - Les Islamistes saoudiens : une insurrection manquée