Lectures
Violence de la rente pétrolière. Algérie, Irak, Libye
Par Luis Martinez.
Presses de Sciences Po (230 p., 15 euros).

A partir de l'étude comparée de l'évolution de l'Algérie, de l'Irak et de la Lybie, Luis Martinez distingue un enchaînement de séquences similaires. D'abord le pétrole apparaît comme la promesse d'une émancipation économique, d'un rayonnement politique international et surtout d'une transformation rapide des conditions sociales. Une illusion nourrie par le choc pétrolier de 1973. Mais faute d'institutions démocratiques solides, la rente est captée par une coalition autoritaire. Elle lui offre les moyens de se maintenir au pouvoir, de persévérer dans de mauvaises options de développement et de se gaver de prébendes tout en achetant la paix sociale. Si bien que, lorsque survient le contre-choc pétrolier, le ver mafieux est déjà dans le fruit.

Chacun des trois pays a connu au tournant des années 1990 une crise majeure qui l'a mis au ban de la communauté internationale. Après le rêve d'en remontrer au reste du monde, tous sont depuis rentrés sagement dans l'ordre économique international établi. On complètera utilement cette lecture par le témoignage d'Hocine Malti, ancien cadre de la Sonatrach, la compagnie pétrolière nationale algérienne, qui ajoute à cette analyse le récit des luttes de clans internes pour prendre le contrôle de la rente (Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte). Les deux auteurs se rejoignent pour confirmer que le mal n'est pas dans le pétrole, mais dans l'absence de démocratie.

Thierry Brésillon

Alternatives Internationales, n°48, page 78 (09/2010)
Alternatives Internationales - Violence de la rente pétrolière. Algérie, Irak, Libye