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Note de lecture :Globalisation : l'espoir est-il permis ?

Globalisation,le pire est à venir
Par Patrick Artus et Marie-Paule Virard.
La Découverte (168 p., 12,50 euros)
Nations et mondialisation. Les institutions et le développement.
Par Dani Rodrik.
La Découverte (200 p., 23 euros)

Après Le Capitalisme est en train de s'autodétruire (2005) et Comment nous avons ruiné nos enfants (2006), Patrick Artus (économiste) et Marie-Paule Virard (journaliste) tirent de nouveau la sonnette d'alarme. La mondialisation, que d'aucuns qualifiaient d'"heureuse", vire au cauchemar. Chiffres et faits d'actualité à l'appui, ils montrent comment elle se transforme tout à la fois en " machine " à produire des inégalités entre pays et au sein des pays (du Sud comme du Nord), en " chaudron " qui consume les ressources rares, en " casino " où tous les risques sont permis, en " moteur à implosion " pour le système monétaire international, en " centrifugeuse " qui menace l'Union européenne d'éclatement... Naturellement, les auteurs reviennent sur la crise des subprimes, symptomatique selon eux d'un changement profond qui verrait l'explosion régulière de bulles spéculatives se substituer à l'inflation comme moyen d'assainir l'économie mondiale... A force d'agiter les motifs d'inquiétude, ils en oublient cependant de proposer des solutions, hormis la nécessité pour " les acteurs de l'économie-monde à coopérer et à s'entendre sur des règles communes ", en un mot, à " civiliser la globalisation "...

Pour retrouver des motifs d'espoir, on invitera donc le lecteur à se reporter au recueil d'articles de Dani Rodrik, professeur d'économie politique internationale à Harvard. Publiés entre 2001 et 2007, ils reviennent en détail sur les dynamiques de croissance des pays émergents, à la lumière des principes du très " libéral " consensus de Washington qui, en 1990, définissait ce que doit être une politique économique saine (discipline budgétaire, libéralisation, déréglementation, privatisation...). Paradoxalement, les pays qui s'en sont finalement le mieux sortis sont ceux qui ne ont pas appliqué ces critères à la lettre : les " nouveaux pays industrialisés " d'Asie du Sud-Est, dans les années 1960-70, et plus récemment la Chine et l'Inde. A l'inverse, les " bons élèves ", aux yeux du FMI (la plupart des pays d'Amérique latine et d'Afrique) ont échoué dans leur tentative de réformes...

L'élucidation de ce paradoxe est l'occasion pour l'auteur de mettre en avant la notion d'" espace politique ", désignant par là la capacité pour un pays de mettre en oeuvre des " compromis internes raisonnables entre les divers intérêts concurrents et les diverses visions de la mondialisation ". De là à chanter les vertus d'un néoprotectionnisme, il n'y a qu'un pas qu'il ne franchit pas. Dans le contexte actuel de la globalisation, il prône plutôt la possibilité d'accords, au sein de l'OMC notamment, " sur les sauvegardes sociales et environnementales " consistant à autoriser, dans certaines circonstances, un pays à ne pas se plier à la règle pure et dure du libre-échange. Charge à ce pays de démontrer que celle-ci hypothèquerait son développement. Reconnaissant par ailleurs aux autres parties concernées (entreprises et pays exportateurs) le droit de faire entendre leur voix, il recommande la mise en place de procédures de validation et de contrôle par un organisme multilatéral de type OMC (mais aux critères non exclusivement commerciaux). Des propositions qui donnent chair à cette globalisation civilisée esquissée par Artus et Virard, en évitant l'écueil du catastrophisme...

Sylvain Allemand

Alternatives Internationales, n°40, page 79 (09/2008)
Alternatives Internationales - Globalisation,le pire est à venir