La parole à...

Amnesty International : une régulation mondiale de la vente d'armes ?

Francis Perrin, vice-président d'Amnesty International France

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, le monde est peut-être sur le point d'adopter un traité international qui réglementerait le commerce des armes classiques et qui en soumettrait les transferts à divers critères clés dont celui du respect des droits humains dans les pays destinataires. C'est l'enjeu de la conférence de l'Onu, organisée à New York du 2 au 27 juillet.

Sur ce sujet comme sur d'autres, l'action des ONG a été déterminante. Une coalition internationale d'ONG, Control Arms - dont Amnesty International est l'un des trois membres fondateurs avec Oxfam et le Réseau international d'action sur les armes légères - milite depuis l'automne 2003 pour ce traité sur le commerce des armes (TCA). Leur détermination et leur constance ont conduit progressivement la grande majorité des États de notre planète à s'y rallier. Même si, en droit international, il n'existe pas de gendarme mondial pour contraindre un État à appliquer un traité, l'expérience de la lutte contre les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions montre que ces instruments de droit international ont un impact réel. Encore faudra-t-il que le TCA reste, au terme des négociations, un texte ambitieux. En effet , le risque existe que les tenants d'un traité fort - dont la France - fassent des concessions aux États récalcitrants - la Russie, la Chine et les États-Unis notamment - afin d'obtenir leur adhésion. Par ailleurs, une fois signé, le TCA devra être ratifié par les États signataires pour entrer en vigueur.

Entre les conflits, la répression étatique, les exactions commises par des groupes armés, des organisations criminelles et des individus, la violence armée tue chaque année des centaines de milliers de personnes, sans compter son bilan sinistre en termes de blessures graves, de viols, de déplacements de populations et d'autres tragédies humaines. Avec le TCA, un contrôle accru d'un commerce très particulier et trop souvent irresponsable constituerait l'une des meilleures façons de prévenir de graves violations des droits humains, comme l'illustre tragiquement le carnage en Syrie, pays dont le gouvernement continue à recevoir des armes de la Russie comme si de rien n'était.

Alternatives Internationales, n°55, page 65 (06/2012)
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