Lectures
Le bilan d'Obama
Sous la dir. d'Olivier Richomme et de Vincent Michelot.
Presses de Sciences Po (345 p., 24 euros).

" Un bilan en demi-teinte ", conclut cet ouvrage collectif sur la présidence de Barack Obama, candidat à sa succession. Le livre, à l'image des débuts du mandat du premier président noir des États-Unis, démarre pourtant dans l'enthousiasme. Le premier chapitre, sur la politique étrangère, souligne qu'il s'agit là du domaine où Obama a le plus rompu avec son prédécesseur George W. Bush. Comme l'écrit en effet son auteur, Alexandra de Hoop Scheffer, " Obama apparaît comme le président le moins idéologique de l'histoire américaine en matière de politique étrangère : il définit ses politiques de manière pragmatique ". En Afghanistan notamment, il entend substituer à la " fabrique de l'État " (nation building) manu militari le renforcement de l'administration (capacity building) par l'aide économique. Les États-Unis s'abstiennent d'intervenir au premier plan en Libye, ne se laissent pas entraîner dans un conflit avec l'Iran. L'aide au développement s'accroît en direction des pays d'Amérique latine au détriment de l'aide militaire et policière. Mais Obama ne parvient pas à faire avancer le dossier proche-oriental et la prison de Guantanamo n'est toujours pas fermée.

Sur le plan de la politique interne, la réforme-clée du système de l'assurance-maladie visant à en faire bénéficier les millions d'Américains qui en sont aujourd'hui exclus, n'a toujours pas été entamée. Leur nombre, rappelle Maurizio Vaudagna, continue de croître au rythme d'un million par an et le prix des assurances privées ne cesse d'augmenter. Neuf millions d'enfants sont sans couverture santé aux États-Unis. Quant au plan de relance adopté par le Congrès en 2009 pour répondre à la récession, celui-ci a mis l'accent sur des solutions générales (investissements dans les infrastructures, aides aux États et aux villes) plutôt que des mesures ciblées en faveur des plus démunis. Enfin, la loi Dodd-Frank qui fixe quelques garde-fous à Wall Street est exceptionnelle non pas tant par son caractère radical, mais, comme le précise ironiquement Alix Meyer, parce qu'elle a " échappé à la mort lente qui frappe la quasi-totalité des propositions de loi au Congrès ".

Héritier d'une situation diplomatique et économique difficile, contraint par le système institutionnel américain où l'opposition a souvent la majorité au Congrès, Obama a-t-il déçu son électorat par ses positions centristes ? Réponse en novembre 2012...

Naïri Nahapétian

Alternatives Internationales, n°55, page 74 (06/2012)
Alternatives Internationales - Le bilan d'Obama