Lectures
Contester à Cuba
par Marie Laure Geoffray.
Dalloz (370 pages, 50 euros).

Cette thèse de doctorat soutenue à Sciences-Po en 2010, fruit de cinq séjours prolongés dans l'île de Cuba, s'intéresse aux modalités de la contestation contre le régime dans le champ culturel : groupes de rappeurs, poètes, plasticiens et intellectuels. Ces diverses communautés disposent d'une certaine autonomie. À la différence des opposants politiques, leurs concerts ou happenings de rue ne font pas l'objet d'une répression systématique. Le régime dictatorial de La Havane a l'habileté de tolérer ces créations culturelles pour mieux les intégrer. Seules les initiatives les plus audacieuses sont censurées. Ainsi s'instaurent des " rapports de coopération conflictuelle " qui, in fine, légitiment le pouvoir. La longévité de la " révolution cubaine " - plus de 53 ans - s'expliquerait autant par sa " plasticité " que par le caractère policier du régime, l'attachement de la nomenklatura castriste à ses privilèges ou l'embargo économique américain qui conforte le nationalisme ambiant. Autrement dit, les " mécanismes de reproduction du régime autoritaire cubain " seraient surtout " relationnels ". Comme hier dans la Tunisie de Ben Ali, dixit Béatrice Hibou, directeur de recherche au CNRS. Si ce propos appliqué à Cuba et l'approche comparatiste n'emportent pas totalement l'adhésion, ils stimulent la réflexion.

Yves Hardy

Alternatives Internationales, n°55, page 76 (06/2012)
Alternatives Internationales - Contester à Cuba