Lectures
Cyber-China
par Qiu Xiaolong, traduit de l'anglais par A. Pralon.
Liana Levi (288 p. 18,50 euros).

Nous savons que la Chine a marié le capitalisme le moins régulé à un appareil d'État des plus autoritaires, mais connaissons-nous les conséquences de cet oxymore sur la vie des Chinois ? Qiu Xiaolong les révèle à travers cet excellent polar où une écriture transparente permet de saisir un paysage d'une profonde complexité. Zhou, responsable de l'urbanisme de Shanghai, est retrouvé pendu dans une chambre d'hôtel. Il venait d'être victime d'une cyber-traque : en Chine, des internautes guettent les signes de corruption des puissants (dans le cas de Zhou, un paquet de cigarettes luxueuses) pour lancer des enquêtes collectives et exhiber maîtresses et biens dissimulés... À leur suite, les investigations menées par l'inspecteur principal Chen, également vice-secrétaire du Parti, dévoileront autant les sombres magouilles immobilières que la trinité consumérisme-maoïsme-traditions qui marque la Chine urbaine en tous ses aspects. Ces banquets de funérailles bouddhistes où l'on invite des dignitaires du Parti pour le prestige et que l'on commande chez Häagen-Dasz afin que ce soit cher et végétarien. Une presse économique dont le travail consiste à " justifier les vols ". Des chaînes de télévision où de jeunes beautés à marier clament préférer " pleurer en Mercedes que rire à vélo ". Les cadeaux et les multiples réseaux d'amitiés qui vous condamnent à devenir un complice ou un exclu. Dans un pareil contexte, les " socialistes honnêtes ", tel l'inspecteur Chen, font figure d'acrobates confucéens...

Alexis Brocas

Alternatives Internationales, n°55, page 78 (06/2012)
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