Lectures
547 jours
par Hervé Ghesquière.
Albin Michel (300 p., 18,50 euros )

Vous avez été otage durant 547 jours en Afghanistan, comme votre confrère Stéphane Taponier et votre interprète afghan, Reza Din. Après une telle expérience, écrire un livre, c'était une nécessité ?

Non, mais j'avais déjà écrit durant ma captivité et mes ravisseurs avaient confisqué ces 500 feuillets. Le fait de prendre la plume à l'issue d'une telle épreuve a certainement une dimension thérapeutique d'autant que je n'ai pas ressenti le besoin d'être suivi par un psy depuis que j'ai retrouvé la liberté. Par ailleurs, après les mensonges d'État proférés en France à l'époque sur la guerre en Afghanistan d'une part et notre comportement d'autre part, ce livre permet de mieux faire connaître ma vérité. Contrairement à ce qui a été dit, lorsque nous nous sommes engagés dans la Kapisa, nous ne voulions absolument pas aller à la rencontre des talibans, mais seulement vérifier si la route principale qui traversait la région était sous le contrôle des troupes françaises basées à proximité et avec qui nous venions de passer un mois. Nous voulions éviter les talibans dans une zone où personne cependant n'avait été enlevé jusque-là et qui n'était pas l'un des endroits réputés les plus dangereux du pays. Hélas, eux ne nous ont pas évités.

Peu après votre capture, vous vous en voulez de ne pas avoir tout prévu, malgré votre expérience des pays en guerre. Peut-on tout prévoir ?

Non, mais on essaye toujours et c'est rageant de ne pas y arriver, comme un pilote de Formule 1 qui fait une grave sortie de route. Le risque zéro n'existe pas dans un pays en guerre. Les militaires le disent, à juste titre.

Parfois vous étiez détenu avec vos compagnons, mais parfois seul. Est-ce plus difficile ?

Quand on est enfermé à plusieurs, on peut se remonter le moral. Mais la promiscuité 24 heures sur 24 est très difficile à supporter et risque d'engendrer des tensions. Chacun se défend psychologiquement comme il peut. Certains se réfugient plutôt dans le silence, comme Stéphane Taponier. Lorsque j'étais seul, j'avais heureusement une petite radio qui m'a permis de rester en contact avec le monde, et puis aussi l'écriture. C'est ce qui m'a sauvé.

La médiatisation est-elle indispensable ou contreproductive dans les affaires d'otage ?

Elle peut être contreproductive au début, car elle risque d'empêcher une négociation secrète rapidement menée. Mais si rien n'a bougé au bout de deux mois, elle accentue la pression sur les décideurs politiques, comme le reconnaît Alain Juppé que j'ai rencontré pour ce livre, à un moment, il est vrai, où il n'était plus en fonction. La médiatisation ne fait pas monter le prix des otages, qui dépend surtout des cartes que les ravisseurs ont en main. Les otages d'Aqmi au Niger ne sont guère médiatisés, et pourtant, leur détention se poursuit depuis plus de 700 jours.

Yann Mens

Alternatives Internationales, n°56, page 76 (09/2012)
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