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Accident nucléaire, danger économique

Denis Delbecq

L'économie française aurait du mal à se remettre d'un gros accident nucléaire sur son territoire. C'est la conclusion d'une étude publiée début février par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l'organisme chargé d'épauler l'Autorité de sûreté nucléaire française. L'IRSN a simulé les conséquences de deux types d'accident pour trois sites nucléaires français, en tenant compte de leur environnement économique, géographique, démographique et météorologique. Un accident "grave" - fusion du coeur d'un réacteur de 900 mégawatts, suivi de rejets de radioactivité plus ou moins contrôlés - coûterait 120 milliards d'euros à la France. Un accident "majeur" analogue à celui de Fukushima, dernier niveau de l'échelle internationale de l'Ines, engendrerait une dépense de 427 milliards d'euros, soit 20 % du PIB français. La facture totale se divise en trois volets : les opérations sur site, la gestion des effets radiologiques et l'évacuation de 100 000 personnes conduiraient à une dépense de 171 milliards d'euros. En termes d'image, la catastrophe entraînerait une perte pour l'industrie du tourisme et les exportations agricoles, chiffrée à 166 milliards. Enfin, l'effet d'un tel accident sur la production électrique et le parc de centrales nucléaires du pays est évalué à 90 milliards d'euros. Même si l'IRSN rappelle que les risques d'accidents aussi dramatiques sont très faibles, ses conclusions doivent être mises en balance avec l'investissement de dix milliards d'euros qu'EDF doit réaliser pour renforcer la sûreté de ses réacteurs nucléaires.

Alternatives Internationales, n°58, page 23 (03/2013)
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