La parole à...

ACAT : la France, patrie des droits de l'homme ?

Jean-Étienne de Linares, secrétaire général de l'Acat

La France n'est ni la Syrie, ni la Chine. Pourtant, son bilan en matière de droits de l'homme est loin d'être exemplaire, comme l'a montré son récent examen périodique universel devant les membres de l'ONU. Ne pas torturer, c'est bien. Ne pas renvoyer vers la torture, ce serait mieux. Abdoulaye Sow est mauritanien. À 12 ans, il a été enlevé et vendu comme esclave. S'il n'obéit pas, il y a la chicote, les fers. Après trente ans d'esclavage, il parvient à s'enfuir et à gagner la France, mais on lui refuse son statut de réfugié. Il sait pourtant que son ancien maître ne l'a pas oublié et saura le punir s'il rentre en Mauritanie. Pourquoi l'État français refuse-t-il de l'accueillir ? Abdoulaye Sow est la victime d'un climat de méfiance généralisée vis-à-vis des étrangers. Dès lors, se met en place une inversion perverse du système de précaution qui consiste à préférer faire risquer à des hommes la persécution, la mort ou la torture plutôt que de risquer d'accueillir des fraudeurs.

Le 6 février, John David a perdu un oeil après avoir reçu un tir de flashball lors d'une manifestation à Strasbourg. Il est le dernier d'une longue liste de victimes de cette arme. Tirs tendus ou trop rapprochés, l'usage des flashballs est excessif. Les tasers sont une autre source d'inquiétude. Censés permettre de maîtriser un individu dangereux sans avoir recours aux armes à feu, ces pistolets électriques sont trop souvent utilisés à des fins punitives sur des personnes ne présentant pas de danger. Quant aux allégations de mauvais traitements, elles donnent rarement lieu à l'ouverture d'enquêtes. Plus rarement encore à de réelles sanctions.

Il y a 13 ans, le livre du docteur Véronique Vasseur faisait éclater le scandale des prisons. Depuis, la population carcérale est passée de 50 000 à 67 000. Pour 57 000 places. Autant dire que la surpopulation carcérale est la règle et que les conditions de détention, avec leur cortège de violences et d'humiliations, se sont fortement dégradées au sein d'établissements inadaptés et vétustes. C'est le résultat d'une politique sécuritaire privilégiant l'emprisonnement au détriment d'une véritable politique de réinsertion, seule à même de prévenir la récidive. Droit d'asile bafoué, persistance des violences policières, prisons indignes... Il reste du travail pour "la patrie des droits de l'homme."

Alternatives Internationales, n°58, page 65 (03/2013)
Alternatives Internationales - ACAT : la France, patrie des droits de l'homme ?