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Le climat manque-t-il de soufre ?

Denis Delbecq

Faute de réduction des émissions de gaz à effet de serre, une solution au réchauffement global consisterait à manipuler le climat pour le refroidir. Une des méthodes envisagées repose sur l'injection de soufre à haute altitude pour faire écran au rayonnement solaire. Mais si la température terrestre peut être abaissée par ces rejets volontaires, une équipe britannique constate dans Nature Climate Change qu'ils menaceraient le Sahel de sécheresses accrues en été.

Après avoir simulé ce qui se passerait en dispersant, de 2020 à 2070, cinq millions de tonnes par an de dioxyde de soufre, l'équivalent de ce que rejette une éruption du volcan mexicain El Chichón, les chercheurs ont constaté que la température terrestre pourrait baisser d'environ 0,7 degré. Mais ils ont aussi relevé que l'été sahélien serait asséché si le soufre était injecté dans l'hémisphère nord, et humidifié, si on opérait dans l'autre moitié du globe.

Pour vérifier la cohérence de son résultat, le groupe britannique s'est penché sur les relevés climatiques de l'hémisphère nord. Et il a constaté que trois des quatre plus grandes sécheresses survenues au Sahel entre 1900 et 2010 ont été créées ou amplifiées par une importante éruption volcanique dans le même hémisphère. Une du Katmai (Alaska) en 1913 et une autre d'El Chichón en 1983 et 1984.

Ces travaux confirment qu'une manipulation du climat aurait des effets indésirables. Grâce à une meilleure modélisation de l'impact climatique des volcans, cette étude devrait aussi améliorer la prévision météo saisonnière au Sahel, l'une des régions les plus arides de la planète.

Alternatives Internationales, n°59, page 23 (06/2013)
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