Lectures
Passion arabe, Journal (2011-2013)
par Gilles Kepel.
Gallimard, (480 p., 23,50 euros).

Dans la foulée des révolutions arabes, Gilles Kepel a troqué deux ans durant les habits du chercheur pour ceux de l'observateur, plus impressionniste, moins analytique qu'à son habitude. Renouant avec la tradition des voyages en Orient, qui eut son heure de gloire au XIXe siècle, il décrit les chamboulements en cours dans les pays qu'il traverse, que les régimes autoritaires y aient été renversés (Égypte, Tunisie, Libye). Ou que les révoltes y aient été écrasées (Bahreïn). On suit ses pérégrinations, ses entretiens avec les acteurs de premier plan, islamistes notamment, mais aussi, et avec plus d'intérêt encore, ses discussions plus ordinaires, avec les gens de la rue qui lui confient leurs espoirs, leurs doutes, leurs angoisses... Gilles Kepel truffe son récit de souvenirs personnels, de notations littéraires ou artistiques aussi jusqu'à la préciosité parfois. Surtout grâce à sa connaissance de la langue arabe, il montre l'ambiguïté fréquente des termes employés par les acteurs politiques, singulièrement lorsqu'il faut décrire les rapports entre État et religion. Une imprécision qui reflète leur volonté de conquérir les suffrages, et annonce l'âpreté des débats à venir lorsqu'il faudra concrètement appliquer les principes généraux affichés dans les constitutions nouvelles.

Yann Mens

Alternatives Internationales, n°59, page 77 (06/2013)
Alternatives Internationales - Passion arabe, Journal (2011-2013)