Lectures
Une paradoxale oppression. Le pouvoir et les associations en Russie
par Françoise Daucé.
CNRS Éditions (226 p., 25 euros)

L'oppression dont il est question dans ce livre est celle exercée par le régime de Poutine, depuis les années 2000, à l'encontre de la société civile. Si l'auteur la juge paradoxale et spécifique par rapport à celle subie auparavant, y compris à l'époque soviétique, c'est que la litanie des assassinats perpétrés contre des figures dissidentes (dont le reporter Anna Politkovskaïa), est allée de pair avec une politique de soutien au monde associatif à travers la mise en place d'institutions représentatives et de financements (fondations philanthropiques, subventions...). L'objectif pour le régime est clair : soustraire la société civile de l'influence des ONG étrangères, en l'engageant dans "un mélange complexe de coercition et de négociation" propice à sa dépolitisation. Pas sûr cependant que cette politique réussisse à terme. C'est ce qu'on peut penser au vu des mouvements de protestation de l'hiver 2011-2012 contre les irrégularités commises lors des élections à la Douma. L'auteure semble également le suggérer tout en pointant l'attitude ambivalente d'organisations des droits de l'homme, qui optent pour un rôle d'intermédiaire entre un État, où elles ont leurs entrées, et une dissidence dont elles craignent la radicalité.

Sylvain Allemand

Alternatives Internationales, n°59, page 79 (06/2013)
Alternatives Internationales - Une paradoxale oppression. Le pouvoir et les associations en Russie