Lectures
Drones et killer robots. Faut-il les interdire ?
Ronan Doaré, Didier Danet, Gérard de Boisboissel.
(ed.), Presses Universitaires de Rennes (267 p, 18 euros)

Alors que de très nombreux sujets relatifs à la politique de défense sont peu discutés publiquement par l'institution militaire, comme la dissuasion nucléaire, les exportations d'armement ou encore le pré-positionnement permanent de forces à l'étranger, l'emploi des drones et des robots tueurs est régulièrement débattu et commenté en France. Le pôle des enseignants chercheurs des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan s'y emploie activement depuis quelques années, comme en témoigne cette nouvelle contribution des plus sérieuses. Une réflexion conduite en toute transparence, sans être corsetée par les hiérarchies civilo-militaires, de manière contradictoire et associant régulièrement des experts étrangers, en premier lieu européens et américains. Des travaux menés grâce à des sources de financement des plus diversifiées : fondations philanthropiques, agences européennes et onusiennes, industriels mais également en provenance des pouvoirs publics ou d'institutions parapubliques. Cet ouvrage a ainsi été publié avec le soutien de la Fondation Saint-Cyr.

Les débats, les colloques se multiplient donc ; la publication de leurs actes aussi. Ils sont autant d'occasions de mettre face-à-face des soldats, des ingénieurs, des industriels, des financiers, des juristes, des philosophes, des historiens, des formateurs et des responsables des associations de défense des droits de l'homme. Souvent, on y trouve aussi des responsables des institutions religieuses, même si ce n'est pas le cas dans cet ouvrage.

La réflexion éthique ne porte pas seulement sur les pratiques militaires, présentes et à venir, mais également de plus en plus souvent sur celles des forces de l'ordre intérieur (police, gendarmerie, renseignement). Elle interpelle le monde de la recherche, les détenteurs des moyens létaux et de surveillance, les responsables politiques et les citoyens. Les bouleversements induits par la robotisation du champ de bataille et les possibilités nouvelles offertes en matière de robotique de surveillance, pour ne pas dire d'intelligence artificielle, sont tels qu'ils interrogent au plus profond les hommes et les femmes qui servent ou commandent les institutions régaliennes.

Même dans cet ouvrage où les analyses s'expriment sans passions excessives, chacun semble pris de vertige par ce qu'il est dorénavant possible de faire ou ce qu'offrira l'avènement du dépassement de l'intelligence humaine par l'intelligence artificielle, pour l'année 2045 affirment certains experts.

Cette révolution technologique radicale nécessite d'être pensée, anticipée voire encadrée. Personne n'en doute. Il s'agit ni plus ni moins de ce que l'Homme ne soit pas dépassé par l'autonomie d'action de ses robots, qu'il continue de maitriser démocratiquement l'usage de la force et les moyens de surveillance.

Dans un contexte où chacun est convaincu que les avancées scientifiques vont se poursuivre voire s'accélérer, la quête du progrès technologique étant inhérente aux politiques de sécurité et de défense, une unanimité s'exprime en faveur de la nécessité d'adapter en conséquence le cadre normatif de la gouvernance nationale et internationale. Il faut à la fois se prémunir de menaces nouvelles bien sûr, mais tout autant des dérives d'emploi possibles. C'est ce à quoi s'essaient les articles ici rassemblés dans un langage accessible au plus grand nombre et des contributions aussi courtes que diversifiées.

François Guilbert

Alternatives Internationales, n°68, page 74 (09/2015)
Alternatives Internationales - Drones et killer robots. Faut-il les interdire ?