Lectures
Mourir au Mexique. Narco trafic et terreur d'État.
John Gibler.
Ed. CMDE, (230 p., 15 euros).

Encore un adepte zélé de la théorie du complot ! Tirant argument de la corruption qui gangrène l'armée et les forces de sécurité, de l'impunité soldant la plupart des 80 000 meurtres commis depuis 2006, de l'absence de mesures contre l'économie des mafias et du jeu des autorités qui semblent favoriser un cartel - celui de Sinaloa - au détriment des autres (ceux du Golfe, du Michoácan, des Zetas, etc.), l'auteur soutient que "l'armée mexicaine et la police fédérale administrent le trafic de drogue depuis des décennies". Plus intéressants sont les passages qui relatent l'exercice périlleux du métier de journaliste : un jeu d'équilibre entre "le réel et le possible", quand la peur n'incite pas tout simplement à la démission. Après plusieurs assassinats, l'éditorialiste du Diario de Ciudad Juarez écrit à l'intention des cartels : "Expliquez-nous ce que vous attendez de nous". Cet essai a été publié en 2011 aux États-Unis. Dans l'épilogue à l'édition française rédigé en juin 2015, l'auteur persiste et signe : "Au Mexique, assène-t-il, les forces policières et militaires à tous les niveaux ainsi que le crime organisé ont fusionné." Ils coexistent au sein d'"une seule et même machine politico-industrielle". Ce n'est pas la rocambolesque évasion de prison d'"El Chapo" Guzman, le 12 juillet dernier, qui le fera douter de ses thèses conspirationnistes. D'autant que le leader du cartel de Sinaloa, avait bénéficié en janvier 2015 d'une protection judiciaire fédérale pour empêcher son extradition vers les États-Unis.

Yves Hardy

Alternatives Internationales, n°68, page 79 (09/2015)
Alternatives Internationales - Mourir au Mexique. Narco trafic et terreur d'État.