Lectures
Un nouveau rêve américain
par Sylvain Cypel,.
Paris, Autrement, 2015, 160 pages, 17,50 euros.

Loin des stéréotypes, le journaliste Sylvain Cypel, décrit les profondes et durables modifications socio-culturelles qui affectent les États-Unis depuis une quinzaine d'années et redistribuent, en partie, les cartes entre Américains... L'auteur commence par la démographie : les Blancs ne seront plus majoritaires en 2042. Aujourd'hui, les partisans d'une Amérique qui déjà n'est plus blanche et protestante connaissent , pour les moins fortunés d'entre eux, les déconvenues liées à la crise, trop diplômés pour accepter des "petits boulots" que les migrants hispaniques ou asiatiques prennent volontiers. Leurs femmes ont même voté en grand nombre pour Barack Obama, ce qui émiette la culture blanche. Et les richissimes ne se recrutent plus exclusivement parmi les Blancs, des enfants de migrants récents s'affichent désormais comme milliardaires.

En outre, un vocabulaire de "crise", de "déclin", de "fin d'une superpuissance" se propage dans les médias et conforte l'idée d'un XXIe siècle chinois. Le Pew Resarch Center constate que les Américains interrogés sur l'identité de la première puissance économique mondiale, répondaient à 41 % les États-Unis et à 30 % la Chine en 2009, mais respectivement 31 % et 48 % en 2013. Certains n'hésitaient pas à parler de désindustrialisation latente, à côté des cas spectaculaire comme ceux de Detroit et de l'industrie automobile... L'économiste Tyler Cowen, dans The Great Stagnation, démontre que dorénavant les innovations technologiques créées aux États-Unis ne se traduisent pas en nouveaux emplois : Google n'a que 25 000 salariés et Twitter 400. La financiarisation du capitalisme exige une flexibilité dans tous les domaines, d'où la montée en puissance des lobbyistes actifs au Congrès (2 500 en 1980, plus de 35 000 à présent) et l'aggravation des écarts entre les plus fortunés et les plus pauvres. Conséquence de cet appauvrissement, le crédit qui augmente considérablement pour deux postes du budget des ménages : l'éducation (deuxième poste d'endettement après les prêts immobiliers) et la santé.

Un autre phénomène est traité par l'auteur : la féminisation de toute la société, aussi bien au niveau des emplois, que dans le corps politique et à l'université (les femmes sont majoritaires en licence, maîtrise et doctorat, toutes disciplines confondues), avec un léger retard par rapport à l'Europe. Si le racisme est encore présent l'auteur observe une plus grande tolérance, que l'on peut mesurer par la multiplication des mariages mixtes. Malgré le programme d'Obama, l'Amérique n'a pu effectuer l'intégration des innombrables sans-papiers et entrer dans une ère post-raciale... Dans cet ouvrage très bien documenté, facile à lire, Sylvain Cypel, conclut à une Amérique hybride qui est en train de s'inventer et qui surprendra plus d'un sceptique...

Thierry Paquot

Alternatives Internationales, n°67, page 75 (06/2015)
Alternatives Internationales - Un nouveau rêve américain