Lectures
Érythrée. Un naufrage totalitaire
Jean-Baptiste Jeangène Vimer et Franck Gouéry.
PUF (336 p. 21 euros)

L'accession à l'indépendance, le 24 mai 1993, de l'Érythrée, petit pays de la Corne de l'Afrique, s'est accompagnée d'un véritable "black out" de l'information. Ce livre contribue donc à briser le mur du silence pour décrire avec minutie "la dérive totalitaire" du président-dictateur, Issayas Afeworki. Celui-ci s'est approprié le pouvoir en prétextant de la "menace éthiopienne", le pays voisin. Pour s'y maintenir, ses informateurs omniprésents suscitent une "psychose de soupçons" rongeant le tissu social. Le service militaire national est d'une durée indéterminée : ainsi, 400 000 jeunes servent de main-d'oeuvre gratuite. Cet embrigadement explique leur fuite vers le Soudan et la Libye : les Érythréens forment aujourd'hui "le deuxième groupe le plus important à arriver en Italie par bateau, après les Syriens". Expression du cynisme des autorités, les membres de la diaspora doivent s'acquitter d'une taxe annuelle de 2 % sur leurs revenus, s'ils veulent revenir un jour au pays. Le clivage ethno-religieux entre chrétiens des hauts plateaux et musulmans du Nord s'est accentué. La faillite économique est patente seulement tempérée par la manne minière (versée par des compagnies canadiennes et australiennes). Bien que l'opposition soit trop fragmentée pour être crédible, le régime serait néanmoins "en phase terminale", estiment les auteurs de cet ouvrage aux (parfois trop) nombreuses digressions théoriques.

Yves Hardy

Alternatives Internationales, n°67, page 76 (06/2015)
Alternatives Internationales - Érythrée. Un naufrage totalitaire