Lectures
La nouvelle Turquie d'Erdogan
Ahmet Insel,.
La Découverte, 205 p., 17 euros

D'abord premier ministre à partir de 2002, désormais président de la République depuis 2014, Recep Tayyip est un conservateur assumé. En phase, donc, avec les deux tiers de ses concitoyens qui se classent rituellement dans cette catégorie, comme le rappelle l'économiste et politologue Ahmet Insel dans un ouvrage en tout point remarquable. Erdogan est aussi un homme issu du peuple, et non de la caste militaro-bureaucratique qui a dominé la République turque jusqu'à l'arrivée de son parti, l'AKP, au pouvoir. Caste qui se voulait le rempart d'une laïcité musclée et dont il a brisé l'influence dans l'Etat. En cela, Erdogan incarne une revanche pour les populations anatoliennes méprisées par ces élites. Revanche d'autant plus efficace que, sous son règne, l'économie du pays s'est rétablie, après la terrible crise de 2001. Pour l'actuel président, comme pour beaucoup de Turcs là encore, le conservatisme et l'islam, gage des "bonnes moeurs", sont inséparables. Si dans les premières années de son gouvernement, la dimension religieuse, ou plutôt bigote, du projet politique de l'AKP était gommée, elle est revenue en force. Comme n'a cessé de croître le pouvoir personnel d'Erdogan, dans la longue tradition autoritaire du régime républicain turc.

Yann Mens

Alternatives Internationales, n°67, page 76 (06/2015)
Alternatives Internationales - La nouvelle Turquie d'Erdogan