Lectures
L'empowerment, une pratique émancipatrice
Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener.
La Découverte (176 p., 8,50 euros)

Forgée dans les pays anglo-saxons dès le milieu XIXe siècle, la notion d'empowerment ne s'est diffusée - au sein du champ académique, d'institutions, de mouvements sociaux,... - qu'à partir des années 1970, non sans revêtir une pluralité de significations. On ne saurait donc trop recommander la lecture de cette édition de poche d'un ouvrage paru la première fois en 2013, tant il aide à y voir plus clair. Se gardant d'en proposer une définition canonique, il en dégage au moins trois modèles. L'un, radical, nourri des théories de transformation sociale, de mouvements communautaires ou du féminisme ; l'autre, libéral (au sens anglo-saxon du terme), qui prend en compte les conditions socio-économiques et politiques de l'exercice du pouvoir ; enfin, un modèle néolibéral qui vise à responsabiliser les bénéficiaires des politiques sociales. L'ouvrage expose les fruits d'une enquête qui éclairent les modalités d'importation de la notion en France. Une importation relativement tardive. Reste qu'à ce jour, aucun équivalent français du terme ("capacitation", "autonomisation") ne donne pleinement satisfaction pour signifier tout à la fois une puissance d'agir et l'apprentissage pour l'acquérir. L'écriture à quatre mains par une Française et une Américaine se révèle plus que judicieux, pour restituer cette notion d'empowerment dans toute sa complexité.

Sylvain Allemand

Alternatives Internationales, n°67, page 78 (06/2015)
Alternatives Internationales - L'empowerment, une pratique émancipatrice