Lectures
Le dernier tabou. Les "harkis" restés en Algérie après l'indépendance.
Pierre Daum.
Actes Sud, "Solin" (238 p., 24,80 euros)

C'est peu dire que ce livre est très important, car il ne reproduit pas les représentations convenues sur le sujet des Harkis, en France comme en Algérie. Cela tient à la rigueur méthodologique de son auteur qui, non seulement, a établi d'emblée des classifications rigoureuses, mais a aussi mené une enquête ambitieuse dans de nombreuses régions d'Algérie (43 entretiens avec paroles de témoins enregistrées qui constituent les trois quarts de l'ouvrage). Ainsi, il distingue parmi les harkis ou ceux qu'on a appelés "harkis", les supplétifs (dont les auxiliaires algériens engagés dans la guerre du côté de la France), les mokhaznis (en charge de l'administration de la guerre), les harkis proprement dits (proches du statut des soldats français et incorporés à un régiment), les groupes d'autodéfense, les engagés et appelés (soldats de l'armée régulière) et les civils pro-français. Outre le récit des entretiens, pour certains bouleversants, un constat s'impose, affiché par l'auteur : au-delà des assassinats, harcèlements et persécutions, "la plupart [des harkis] n'ont pas été tués et vivent en Algérie depuis un demi-siècle". Cela en soi est à rebours de ce que l'on pense généralement.

Serge Cordellier

Alternatives Internationales, n°67, page 78 (06/2015)
Alternatives Internationales - Le dernier tabou. Les "harkis" restés en Algérie après l'indépendance.