Lectures
La fabrique de la paix ? Acteurs, processus, mémoires
A. Coppolani, Ch-Ph. David, J-F. Thomas.
Hermann, 2015, 348 pages

Définie négativement comme l'absence de guerre, la paix est moins scrutée que son antonyme, sauf à y voir une technique de sortie ou de prévention... du conflit. L'ouvrage fait donc oeuvre utile, à partir d'une démarche originale. Dans une première partie consacrée à l'apport de l'antiquité, la paix romaine, le pacifisme grec, le principe du Si vis pacem, para bellum ("Qui veut la paix prépare la guerre"), sont ainsi revisités à la lumière de leur héritage. La deuxième partie convoque aussi bien Einstein, Freud que Barenboïm, pour éclairer la notion, de façon éclectique. La partie consacrée à la paix par les musées, constitue l'une des originalités de ce travail, en se demandant si le fait d'exposer des trésors de guerre contribue bien à la paix. Viennent enfin, dans les deux dernières parties, les études de cas. La Méditerranée et l'Europe, depuis les crises du XIXe siècle jusqu'au Kosovo. Le Moyen et l'Extrême Orient, où la péninsule indochinoise, tout comme l'Égypte et le Levant, furent - et restent pour ce dernier - des défis à la paix. On l'aura compris, la paix n'est ni donnée, ni naturelle, ni facile. Elle fait l'objet de processus, de missions, nécessite des moyens, des volontés, des circonstances. Elle doit être explorée dans toutes ses complexités, pour n'être plus seulement une parenthèse entre deux guerres. .

Frédéric Charillon

Alternatives Internationales, n°67, page 79 (06/2015)
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