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Le mercure grimpe, le thon flanche

Denis Delbecq

Le biologiste américain Paul Drevnick est pessimiste. Il vient de montrer que le thon hawaiien se rapproche du seuil -500 milliardièmes de gramme de mercure par gramme de chair (500 ppb)- au-delà duquel le poisson est impropre à la consommation. "Si la convention de Minamata échoue, la concentration de mercure dans le thon pourra dépasser un jour le seuil fixé par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé)." En octobre 2013, l'ONU a fait adopter cette convention qui prévoit un encadrement du commerce, de l'usage et des exportations de mercure. Neurotoxique, le mercure s'accumule dans la chaine alimentaire et provoque entre autres des maladies congénitales et de forts retards intellectuels. Dans la baie de Minamata, au Japon, deux mille personnes en sont mortes au milieu du siècle dernier, après la contamination du poisson par une usine.

Mais la convention n'a été ratifiée à ce jour que par 10 des 128 signataires, dont un seul grand pays industriel, les Etats-Unis. Le processus est en cours dans l'UE. Selon l'étude de Paul Drevnick, le thon de Hawaii affichait déjà 300 ppb en 2008, avec une augmentation annuelle de près de 4 %. Ce rythme s'est accéléré avec l'envolée des rejets de mercure. L'essentiel provient des fumées des centrales à charbon. Le métal est également diffusé par l'orpaillage artisanal. Fin janvier, une étude a confirmé l'ampleur du problème en Afrique: si la contamination des poissons d'eau douce reste modérée sur le continent, elle atteint 600 à 1800 ppb près des zones d'orpaillage.

Alternatives Internationales, n°66, page 23 (03/2015)
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