Lectures
Politique et mouvements sociaux au Maroc. La révolution désamorcée ?
Frédéric Vairel.
Les Presses de Sciences Po (362 p., 26 euros)

La séquence dite du "printemps arabe", initiée par le soulèvement tunisien et le départ du président Ben Ali en janvier 2011, a créé une sorte d'illusion d'optique. L'enchaînement des "révolutions" d'un pays arabe à l'autre, comme dans un effet de dominos, a laissé croire à un schéma unique : soulèvement populaire, revendication politique, chute du régime, transition démocratique. Le Maroc, monarchie séculaire, n'a pas échappé à la contagion. Le 20 février 2011, après des mouvements épars pour demander des réformes politiques et sociales, une mobilisation nationale est lancée. Dans 53 villes du pays, 120 000 personnes se réunissent. Ces mobilisations étaient loin d'obéir à un scénario unique. Cet ouvrage, fruit d'une longue enquête de terrain, replace cette mobilisation dans l'histoire longue de la gestion par le régime autoritaire de la protestation. Les protestataires ont eux-mêmes intériorisé les contraintes. Si le "mouvement du 20 février" a été porté par une nouvelle génération de militants osant, audace inédite, lancer un appel national, il n'a été ni un soulèvement populaire, ni un appel à renverser le régime mais plutôt le moteur d'un ajustement du système politique pour lui permettre de se pérenniser en intégrant de nouveaux acteurs politiques dans un jeu dont le roi continue à déterminer seul les règles.

Thierry Bresillon

Alternatives Internationales, n°66, page 78 (03/2015)
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