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Pluie de criquets à Madagascar

Denis Delbecq

À l'approche de la saison des pluies, le ciel menace en cet après-midi printanier à Antananarivo, la capitale malgache. Dans un marché, les commerçants remballent quand le ciel tombe sur les têtes. Ce n'est pas l'orage, mais un essaim de millions de criquets migrateurs. Dans le nuage, les rares oiseaux virevoltent en festoyant. Les gens accourent. "Cela me fera un peu de viande. D'habitude je ne mange que du riz", explique une femme, une poignée d'insectes dans la main. Plus loin, une petite rizière rejoue le remake acridien des Oiseaux, le film d'Alfred Hitchcock : la foule brave ces bestioles de cinq à sept centimètres qui se glissent dans les vêtements, s'accrochent sur le visage et les cheveux. Des cultivateurs déterrent des plants ou tentent d'enfumer les criquets, tandis que des gamins poursuivent la nuée, espérant nourrir leurs poules ou leur famille.

Madagascar est victime d'invasions massives d'acridiens depuis 2012, en raison de conditions climatiques favorables (chaleur et humidité). Leur appétit pour les cultures y est devenu la première cause d'insécurité alimentaire, menaçant l'existence de 13 des 23 millions de Malgaches : un essaim de plusieurs milliards d'insectes peut dévorer des dizaines de milliers de tonnes de végétation par jour. En septembre, la FAO - l'agence de l'ONU pour les questions alimentaires et agricoles - a entamé une seconde campagne d'éradication : des hélicoptères ont aspergé les essaims d'insecticide dès que ceux-ci sont loin des zones habitées. La FAO a réitéré son appel aux dons. Il lui manquerait 12 millions d'euros seulement, moins d'un euro par malgache en péril, pour espérer éradiquer le fléau.

Alternatives Internationales, n°65, page 21 (12/2014)
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