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Le désengagement français

À rebours des annonces du gouvernement, la France consacre de moins en moins d'argent à l'aide publique au développement (APD). Pour la troisième année consécutive, le budget consacré à l'aide des pays les plus pauvres a baissé en 2013 (moins 9,8 %, soit la plus forte baisse européenne après le Portugal) pour atteindre 8,2 milliards d'euros. Coordination Sud, qui regroupe les principales ONG françaises, s'inquiète vivement de cette évolution à l'approche du vote du prochain budget. D'abord parce que la France ne tient pas ses engagements (comme la majorité des pays). Alors que Paris s'était engagé à donner 0,7 % de ses revenus (RNB) à l'APD, elle n'en donne que 0,4 %. Ensuite parce que les outils mis en place pour pallier ce déficit ne tiennent pas leurs promesses. Ainsi la taxe sur les transactions financières - dont le produit est dédié à l'APD - aurait dû rapporter 1,6 milliard d'euros ; elle n'en a finalement rapporté que 600 millions "en raison de certains défauts de conception". Un manque à gagner aggravé par le fait qu'une part importante du budget est gelée. Jusqu'à quand ? Impossible de le savoir, mais les ONG soupçonnent le gouvernement de vouloir utiliser ces fonds pour financer "la modernisation de l'État français" au détriment de la modernisation des États les plus pauvres. Enfin, Coordination Sud ne fait pas que déplorer cette baisse des dotations mais aussi leur utilisation. De plus en plus souvent, le don pur et simple disparaît au profit du prêt. Par conséquent, la France a tendance à favoriser les pays qui a plus ou moins long terme pourront rembourser, au détriment des plus pauvres. De plus, dénoncent les ONG, la France délaisse la question de gouvernance démocratique et de renforcement des institutions des États faibles, et ce même dans les pays dans lesquels elle est engagée militairement (Mali, Centrafrique) alors même que l'effondrement de ces États est une des causes des conflits actuels. Néanmoins, et Coordination Sud ne le rappelle pas dans son réquisitoire, la France reste le cinquième contributeur mondial au développement.

Infographie :Les États qui consacrent la plus large part de leurs revenus à l'aide publique au développement

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Alternatives Internationales, n°64, page 64 (09/2014)
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