Lectures
Le Rhinocéros d'or. Histoire du Moyen Âge africain
par François-Xavier Fauvelle.
Collection Folio histoire Gallimard (379 pages, prix prévisionnel 9,50 euros)

"Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire." On se souvient de la formule utilisée par Nicolas Sarkozy dans son discours de Dakar, en juillet 2007. Pourtant, avec son ouvrage consacré à l'Afrique subsaharienne des VIIIe-XVe siècles, l'historien François-Xavier Fauvelle lui apporte un démenti magistral. Non seulement cette partie du continent a connu de "puissantes et prospères formations politiques" et vu se développer des villes avec de majestueux édifices, mais encore, elle a su se mettre au diapason du commerce au long cours, aussi bien avec l'Afrique du Nord que l'Inde et la Chine, comme en témoignent ces perles, pièces d'or et autres tessons de porcelaines retrouvés ici et là. Que dire de son passé religieux : dès cette période, on trouve trace de l'influence de l'islam, du christianisme et du judaïsme. Bref, l'Afrique médiévale est aussi celle des siècles d'or.

Reste que tout le récit que l'on peut en faire tient pour l'essentiel dans... l'ouvrage de notre auteur, spécialiste reconnu. Car si l'appellation de Moyen-Âge se justifie (une période "intermédiaire" s'est bien étirée de l'Antiquité jusqu'aux prémices de l'ère coloniale), celui de l'Afrique subsaharienne n'a pas laissé autant de traces que l'européen. La raison principale tient au primat de l'oral sur l'écrit. "Peu de sociétés africaines de cette période ont employé l'écriture et tenu les archives pouvant attester "de l'intérieur" de leur puissance et de leur prospérité." Ce qui ne veut pas dire qu'elles furent moins "développées". Elles privilégiaient seulement une autre forme de transmission. Quitte à compliquer la tâche de notre historien... Il y a bien des "trésors", mais c'est aussi là que le bât blesse : des vestiges ou des objets ont été érigés comme tels, mais au détriment du contexte dans lequel ils ont été mis au jour. Le Rhinocéros d'or est de ceux-là : il s'agit d'une sculpture, qui, à peine découverte en 1932 en Afrique du Sud, au milieu de tombes "remuées en tous sens", fut volée puis retrouvée, mais irrémédiablement dépouillée des moindres indices qu'aurait pu fournir l'analyse stratigraphique du terrain. Aussi, l'entreprise de l'auteur se veut-elle modeste : non pas constituer une fresque mais un "vitrail", composé en l'occurrence de plus d'une trentaine de "morceaux" et autant de chapitres, nourris pour beaucoup d'entre eux de récits de voyageurs, géographes ou cartographes de l'époque. Mais attention, quand ils ne sont pas parcellaires ou ne tiennent pas du conte, ces récits sont de seconde main. Difficile donc de démêler ce que leurs auteurs ont vu de leurs propres yeux, de ce qu'ils n'ont appris que par ouï-dire. Il faut donc toute la sagacité de l'auteur pour cerner le plus probable, quitte à devoir se contenter d'hypothèses... Il faut aussi tout son sens de l'humour pour atténuer l'effroi qui saisit le lecteur à l'évocation, ici et là, d'une trace perdue à jamais. Sans compter son écriture ciselée, qui rend proprement fascinante la lecture du Rhinocéros d'or.

Sylvain Allemand

Alternatives Internationales, n°64, page 75 (09/2014)
Alternatives Internationales - Le Rhinocéros d'or. Histoire du Moyen Âge africain