Lectures
Finance servante ou finance trompeuse ?
par Paul H. Dembinski.
Ed. Desclée de Brouwer-Parole et silence, 2008, 206 p., 19 euros.

Directeur de l'Observatoire de la finance, un organisme suisse qui analyse les liens entre finance et bien commun, l'auteur nous offre un livre tout à fait original. A bien des égards, cet ouvrage pourrait servir de manuel pour comprendre la finance (et la monnaie) contemporaine, mais il dépasse cette dimension pédagogique pour nous proposer une intéressante analyse, de nature à la fois systémique et éthique. Car la finance, explique-t-il, transforme le fonctionnement même du système économique : en permettant aux acteurs de se couvrir contre un certain nombre de risques, elle leur permet également de danser plus près du volcan (c'est le problème bien connu de l'aléa moral). Elle réveille les passions que le marché était censé contenir, en substituant la cupidité à l'intérêt, le court terme au long terme. Elle " apporte des réponses (...) aux besoins, aux désirs, voire aux angoisses de nos sociétés ".

Mais ces réponses ne sont pas sans problème, notamment parce que la finance substitue la notion de transaction à celle de relation : alors que cette dernière se déroule dans la durée et implique un engagement des acteurs et la construction de compromis entre eux, la transaction permet de s'en désintéresser en vendant et en encaissant la plus-value. Ainsi, au cours des dix dernières années, le nombre de transactions financières a augmenté deux fois plus que l'activité économique.

On lira en particulier avec intérêt l'analyse de la financiarisation des très grandes entreprises mondiales cotées et de ses conséquences. Une lecture stimulante, même si la conclusion - l'impasse de la financiarisation amènerait sa fin prochaine au profit d'un autre système - laisse le lecteur quelque peu sceptique.

Marie-Claude Jacquot

Alternatives Economiques, n°270, page 86 (06/2008)
Alternatives Economiques - Finance servante ou finance trompeuse ?