L'éditorial de Guillaume Duval

Brexit et conséquences

C'est, en théorie, à la fin du mois de mars que nos voisins britanniques doivent quitter l'Union européenne. Au moment où nous imprimons, il est impossible de prévoir encore comment l'affaire va tourner. On peut néanmoins en tirer d'ores et déjà quelques leçons. La première, c'est que l'incapacité de l'Union européenne à redresser durablement son économie depuis 2008, à développer un minimum de solidarité entre ses membres et à éliminer le dumping fiscal et social en son sein représente une menace existentielle et peut fort bien mener à son éclatement. La situation en Italie, dominée désormais par les eurosceptiques, la montée de l'AfD en Allemagne tout comme le mouvement des gilets jaunes en France le rappellent à ceux qui, au vu des difficultés que rencontrent nos voisins avec le Brexit, auraient tendance à considérer de façon prématurée que l'affaire serait classée.

La deuxième, c'est qu'il n'y a désormais aucun avenir pour aucun de nos pays en dehors de l'Union européenne. Bien que le Royaume-Uni ait dominé le monde au XIXe siècle, la livre sterling ne joue plus aucun rôle, la City de Londres n'existe que parce qu'elle est encore pour l'instant la place financière de l'Union, les Etats-Unis se moquent comme de l'an quarante des aventures de Theresa May et de ses compatriotes, la Chine refuse de discuter de commerce avec elle... Les Français ont une fâcheuse tendance à partager avec leur ennemi héréditaire britannique une nostalgie mal placée pour un passé fantasmé. Ils doivent en tirer toutes les conséquences.

La troisième leçon, c'est que, si ce départ se produit, ce qui semble le plus probable même si le délai est repoussé, il faut profiter rapidement des opportunités qu'il offre. Il privera en effet d'un allié de poids les pays qui refusent de limiter le dumping social et fiscal au sein de l'Union. La France comme l'Allemagne ne disposeront plus non plus d'un allié alternatif dans le jeu européen : si nos voisins allemands veulent sauver le projet européen, ce qui est (encore) le cas, ils seront obligés désormais de s'entendre avec nous. C'est donc le moment d'échanger des abandons de souveraineté supplémentaires, que la France avait refusés jusque-là, contre une politique économique moins stupide en Europe.

Guillaume Duval

Alternatives Economiques, n°388, page 5 (03/2019)
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