Lectures
Le fond de l'air est jaune
par Joseph Confavreux (dir.).
Le Seuil, 2019, 220 p., 14,50 euros.

Comme sur un rond-point, quinze auteurs venus de diverses sciences sociales confrontent leurs analyses du mouvement des gilets jaunes à travers articles de presse et textes de blogs écrits à chaud ou remaniés après un peu de recul. Plusieurs textes inscrivent le mouvement des gilets jaunes dans l'histoire des révoltes : parallèles possibles avec des mouvements récents, comparaison avec les sans-culottes, avec Mai 68, avec les mobilisations pour une économie morale demandant un soutien aux plus faibles, une rémunération correcte du travail, etc.

Plusieurs contributions s'attachent ainsi à décrire ces "petits-moyens", des travailleurs salariés ou indépendants, des retraités, des femmes, très nombreuses sur les ronds-points, qui se battent pour assurer les fins de mois, tous mobilisés autour du thème du juste et de l'injuste. Il ne s'agit pas d'une opposition territoriale entre France périphérique et métropoles, opposition devenue un lieu commun trompeur. Dans sa riche contribution, Pierre Rosanvallon décrit des gilets jaunes qui se sentent appartenir à des catégories méprisées. Du coup, analyse-t-il, ce sont autant des "émotions" que des données économiques objectives qui les fédèrent dans une révolte commune. Cette lutte pour la reconnaissance débouche sur des revendications politiques, sur l'aspiration à une démocratie directe ou participative, analysée aussi par le philosophe Etienne Balibar.

On le voit : cette révolte mobilise des chercheurs en sciences sociales comme jamais. Il faut dire qu'ils y étaient préparés par leurs travaux : la fracture sociale y était présente de longue date. La réalité s'est chargée de lui donner vie.

Gérard Vindt

Alternatives Economiques, n°388, page 84 (03/2019)
Alternatives Economiques - Le fond de l'air est jaune