Lectures
Public Debt Througt the Ages
par Barry Eichnegreen et alii.
NBER Working Paper n° 25494, janvier 2019.

A partir des XIIIe et XIVe siècles pour quelques cités-Etats italiennes, à partir du XVIe pour des grands pays : le recours régulier des puissances publiques à l'endettement ne date pas d'hier. Raison de plus pour se faire une idée un peu plus précise sur la dynamique des dettes publiques, comme le propose l'économiste américain Barry Eichengreen, avec trois de ses confrères.

Des riches aux banques

Première originalité, les auteurs soulignent que les détenteurs de dette publique, essentiellement les personnes fortunées, s'en servent dès le XVIe siècle comme garantie pour obtenir du crédit. Dès l'origine, emprunts publics et privés sont complémentaires, les uns n'évincent pas les autres. Les premiers besoins d'argent correspondent au souhait de sécuriser les frontières et de mener les guerres. Au XVIIe siècle, les Etats affichent ainsi des taux d'endettement compris entre 20 % et 60 % de leur produit intérieur brut (PIB). Puis, progressivement, la dette sert à financer le développement de biens publics, l'éducation et les infrastructures de transport au XIXe. Les banques remplacent les plus riches comme premiers créanciers. A la veille de la Première Guerre mondiale, la dette publique est financée aux deux tiers pas des emprunts domestiques et pour le tiers restant par des étrangers : la mondialisation financière est déjà là, surtout pour les pays européens, premiers emprunteurs.

Avec la dette sont arrivées les difficultés de la rembourser. Le XIXe siècle est marqué par de nombreuses crises, pourtant les pays semblent ne pas mettre longtemps avant de pouvoir revenir emprunter sur les marchés.

Trois histoires

L'étude s'intéresse de près à trois histoires de forte montée des dettes publiques et à leur gestion. Après les guerres napoléoniennes, la dette publique de l'Angleterre est montée à 194 % du PIB. Le pays se forcera à dégager des excédents primaires - le solde budgétaire hors paiement des intérêts de la dette - pendant quatre-vingt-dix ans et fera tomber son ratio à 28 % en 1913 ! Après la guerre de Sécession, les Etats-Unis feront baisser leur dette publique de 30 % à 3 % de leur PIB, là aussi avec des excédents primaires. Dans les deux pays, le poids des créanciers est fort dans les parlements. Après la guerre de 1870 et les réparations exigées par l'Allemagne, la France voit monter sa dette à 96 % du PIB en 1896. Elle la réduira à 51 % en 1913. Un rythme de réduction rapide, voulu par les dirigeants français pour se redonner des marges de manoeuvre financières afin d'être capables d'emprunter pour la revanche...

Les auteurs présentent ensuite un bref historique des dettes publiques au XXe siècle et s'arrêtent sur une comparaison instructive. La crise des années 1930 a fait monter la dette publique des pays avancés de 24 points de PIB, celle des subprime de 40 points. Pourquoi ? Contrairement au siècle précédent, nos gouvernements ont décidé de soutenir l'activité par le creusement des déficits. L'activité a moins chuté et le chômage moins monté que dans les années 1930. Et les banques centrales sont intervenues pour maîtriser les taux d'intérêt, les coûts d'emprunt. La dette publique a été mieux gérée et, la Grèce mise à part, n'a pas donné lieu à des crises durables. De quoi faire plaisir aux créanciers.

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques, n°388, page 86 (03/2019)
Alternatives Economiques - Public Debt Througt the Ages