Lectures
Le goût de l'effort
par Sandrine Garcia.
Coll. Education & Société, PUF, 2018, 241 p., 24 euros.

C'est un fait désormais bien connu depuis les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : une grande partie de la reproduction sociale passe par la transmission du capital culturel entre parents et enfants. Mais on s'en tient trop souvent à ce constat, comme s'il s'agissait d'une fatalité et que cet héritage se produisait par osmose. D'autant que le style éducatif des familles favorisées est souvent décrit comme plus libéral. Une vision trompeuse, comme le montre Sandrine Garcia, sociologue.

A partir d'une soixantaine d'entretiens auprès de parents de "classes moyennes intermédiaires supérieures", elle met en évidence leurs pratiques pédagogiques très actives afin de développer chez leurs enfants des dispositions scolairement rentables, à commencer par le "goût de l'effort", qui donne son titre à l'ouvrage. Elle décrit ainsi en détail, à partir de la présentation de cas typiques, la manière dont ces parents (et leurs enfants) se sont "professionnalisés" sur le plan éducatif et accordent à leurs enfants un choix en réalité très contrôlé dans leurs activités. Pour atténuer les inégalités qui en résultent, la sociologue préconise que l'école n'en rabatte pas sur ses exigences, mais s'emploie au contraire à ""nourrir" plus ceux qui ont moins". Vaste programme.

Igor Martinache

Alternatives Economiques, n°388, page 89 (03/2019)
Alternatives Economiques - Le goût de l'effort