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Résistances à l'impôt, attachement à l'État. Enquête sur les contribuables français
par Alexis Spire.
Le Seuil, 2018, 300 p., 22 euros.

Les Français n'ont pas tous le même rapport à l'impôt. Riches ou pauvres, urbains ou ruraux, de droite ou de gauche, le consentement à l'impôt doit être analysé avec précision. C'est ce que fait le sociologue Alexis Spire grâce à une enquête originale et passionnante.

Avec un premier résultat paradoxal : alors que les moins fortunés bénéficient le plus de la redistribution, ils sont les plus critiques à l'égard de l'impôt. Dans les classes populaires, ce sont les femmes qui gèrent majoritairement la question et entrent plus souvent dans un face-à-face direct avec une administration dont la baisse des effectifs ne facilite pas le travail. Mais il y a aussi un sentiment de fatalisme avec la montée du chômage (je paie pour un Etat impuissant) et d'injustice au travers de la multiplication des affaires. L'impôt n'est perçu, au final, que comme une dépense contrainte. La fin du livre expliquera également combien nombre de prestations (famille, santé, logement) sont considérées comme des droits, la dimension redistributive restant incomprise.

Les classes moyennes savent mieux utiliser les outils de défiscalisation et les classes supérieures se disent d'autant plus respectueuses de l'impôt qu'elles le considèrent comme une "contrainte aménageable"... On comprend également combien les stratégies de contestation de l'impôt et celles de transgression sont différentes selon les classes sociales, même si toutes ont les leurs. Une réflexion utile sur l'un des piliers de notre démocratie.

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques, n°382, page 85 (09/2018)
Alternatives Economiques - Résistances à l'impôt, attachement à l'État. Enquête sur les contribuables français