Lectures
Conservatisme. Réformer pour conserver.
par Roger Scruton.
Albin Michel, 2018, 234 p., 19,50 euros.

Ce sujet de sa Majesté ne s'en cache pas : il est (très) conservateur. Le lecteur aurait tort de snober pour autant son dernier opus. L'analyse qu'il fait en conclusion du conservatisme contemporain, dans sa forme la plus radicale (autrement dit néo...), telle qu'elle s'exprime en Angleterre et aux Etats-Unis, est précédée de plusieurs chapitres qui retracent l'histoire de ce mouvement philosophico-politique depuis son apparition au XVIIIe siècle et ses traductions aux plans économique, social, mais aussi culturel et artistique (principalement au travers d'une littérature agrarienne).

A l'évidence, le conservatisme actuel n'a plus guère à voir avec celui des contemporains des révolutions américaine et française (Burke, Tocqueville...), du marxisme, du socialisme et du communisme triomphants ou, plus près de nous, de l'évolution des moeurs. Ajoutons que les frontières avec l'ultralibéralisme économique n'ont pas toujours été étanches, de part et d'autre de la Manche ou de l'océan Atlantique. Bref, être conservateur ne l'a pas empêché d'évoluer avec son temps, fût-ce avec réticence. On s'étonne alors du choix du titre, au singulier, car ce sont des conservatismes qui ont en réalité coexisté ou se sont succédé au cours de l'histoire. Sauf à ce que l'auteur veuille légitimer celui dont il se réclame en l'inscrivant dans une longue généalogie. Le lecteur ne sera pas dupe.

Sylvain Allemand

Alternatives Economiques, n°382, page 89 (09/2018)
Alternatives Economiques - Conservatisme. Réformer pour conserver.