Lectures
Ecologie intégrale. Pour une société permacirculaire
par Christian Arnsperger et Dominique Bourg.
PUF, 2017, 200 p., 19 euros.

L'humanité vit globalement au-dessus de ses moyens : notre empreinte environnementale excède largement les ressources renouvelables dont nous pouvons disposer. Si bien que nous puisons dans les réserves stockées par la nature comme l'alcoolique puise dans la cave à vin. La croissance verte ? Une illusion dangereuse : ainsi, depuis 1975, le recyclage du cuivre a permis de récupérer 4 millions de tonnes de ce métal, mais sa consommation a progressé entre-temps de 10 millions de tonnes. Pour faire une tonne d'acier, 7 tonnes de matières sont utilisées, dont 6 sont rejetées en scories, gaz ou poussières. La décroissance, alors ? Socialement, ça risque d'être le bazar.

Les bonnes réponses tiennent en deux mots : sobriété et "permacircularité" (réduction des prélèvements et transformation des déchets en ressources). C'est-à-dire une limitation drastique des ressources non durables prélevées, accompagnée d'une sobriété volontaire. Et moins d'inégalités (10 % de la population mondiale est responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre). Nos deux auteurs conviennent que cela suppose des indicateurs globaux, mais aussi individuels, pour inciter chacun à réduire son empreinte à un niveau supportable, mais ils n'en précisent guère le mécanisme : mode de calcul ? sanctions ? Ils se contentent d'évoquer l'outil fiscal. Le livre est intéressant, la démarche convaincante, mais les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce civisme environnemental en sont le maillon faible.

Denis Clerc

Alternatives Economiques, n°374, page 85 (12/2017)
Alternatives Economiques - Ecologie intégrale. Pour une société permacirculaire