Lectures
Structural crisis and institutional change in modern capitalism. French Capitalism in Transition
par Bruno Amable,.
Oxford University Press, 2017, 278 p., 59,65 euros.

Bruno Amable est professeur d'économie à l'université de Genève. Dans un ouvrage remarqué (Les cinq capitalismes, Le Seuil, 2005), il a montré que le capitalisme "mondialisé" prend en fait plusieurs formes assez différentes. Le voilà de retour avec un ouvrage qui nous intéresse au plus haut point puisqu'il est spécifiquement consacré à la dynamique du capitalisme français.

D'abord, un mot sur la méthode. Bruno Amable est un économiste atypique, au sens où son modèle explicatif repose sur une analyse d'économie politique. Il cherche à savoir s'il existe ou pas une conjonction de forces sociopolitiques désireuses de soutenir dans la durée une orientation économique particulière. Si c'est le cas, la forme de capitalisme en cours est stable, sinon, elle entre en crise. A ses yeux, l'orientation libérale actuelle du capitalisme français est instable, tel est le résultat essentiel de ce livre.

Idées reçues

L'économie française est malade et en retard par rapport aux autres, victime de problèmes structurels : ce diagnostic est présent dans le débat français depuis la défaite de 1870 ! Le premier chapitre commence par démonter à ce sujet quelques idées reçues. La productivité française est au ralenti ? Dans les autres grands pays aussi. La faiblesse des créations d'emplois empêche une baisse du chômage ? Il a fortement diminué entre le milieu des années 1990 et 2007-2008. Nous avons un problème de coût du travail ? Plutôt de coût du capital. Suivent un ensemble de démonstrations contestant les bienfaits à attendre d'une libéralisation des marchés financiers, du travail et des biens et services.

Orientation libérale

La suite de l'ouvrage rappelle que vers les années 1930 et durant l'après-guerre, le consensus français reposait sur un modèle dirigiste où les élites technocratiques étatiques intervenaient pour organiser la modernisation économique tout en développant la protection sociale. Puis, l'Etat ne devait plus être que l'organisateur de la concurrence. Le programme commun de la gauche tentait de répondre aux problèmes structurels du pays par des nationalisations-recapitalisations d'entreprises et par un soutien à la demande bien inférieur à celui de Jacques Chirac en 1975-1976 (1,7 % du PIB, contre 2,3 %).

Le tournant de 1983 et celui de 2014 sous François Hollande emmèneront la gauche au pouvoir vers le soutien d'une politique de l'offre aux fondements libéraux. Par ce choix, le Parti socialiste ne cherche plus à unifier la gauche, mais à bâtir un nouveau compromis social s'appuyant sur la classe moyenne qualifiée et les classes supérieures, ce que Bruno Amable appelle le bloc bourgeois. Or, selon les analyses de l'auteur, ce bloc ne représente que 9 % du corps électoral français. Sa base de soutien est donc très étroite, ce qui explique le rejet des politiques et la tentation du "gouvernement de techniciens" tel que nous le présente le président Macron, même si le livre a été écrit avant son élection.

Pour Amable, il y a de fortes chances que le capitalisme français sorte de son instabilité sociopolitique actuelle par la reconstitution d'un bloc de droite.

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques, n°374, page 86 (12/2017)
Alternatives Economiques - Structural crisis and institutional change in modern capitalism. French Capitalism in Transition