Lectures
Un monde de bidonvilles. Migrations et urbanisme informel
par Julien Damon.
La République des idées-Le Seuil, 2017, 128 p., 11,80 euros.

Avant les années 2010, les choses étaient claires : plus un pays s'urbanisait, plus les bidonvilles tendaient à disparaître. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Dans les pays en développement, l'urbanisation galopante se traduit par l'essor de macrobidonvilles. Dans les pays déjà fortement urbanisés, on constate un retour de microbidonvilles, y compris en France. A l'échelle du monde, un quart de la population urbaine serait concerné. L'auteur relève cependant la diversité des situations selon les formes urbaines, les interventions dont ils font l'objet de la part des pouvoirs publics (en vue de leur éradication ou, au contraire, de leur transformation en cadres de vie), etc.

Il étaye son propos en s'appuyant sur l'abondante littérature scientifique ou institutionnelle consacrée au sujet, mais aussi sur des observations de terrain. Tout en reconnaissant des situations insoutenables, il préfère voir le verre à moitié plein : si le bidonville peut être une "nasse", il peut être aussi un "sas" vers une intégration sociale. Bien plus : la préfiguration d'une ville durable, fondée sur le sens de la frugalité. De là à y voir aussi des marchés potentiels pour les firmes multinationales, il n'y a qu'un pas, que l'auteur franchit allègrement en conclusion (en citant notamment les engagements de L'Oréal et autres Lafarge). De quoi rendre le lecteur un peu perplexe.

Sylvain Allemand

Alternatives Economiques, n°374, page 89 (12/2017)
Alternatives Economiques - Un monde de bidonvilles. Migrations et urbanisme informel