Lectures
La fabrique de l'homme nouveau. Travailler, consommer et se taire ?
par Jean-Pierre Durand.
Le Bord de l'eau, 2017, 330 p., 24,20 euros.

Les analyses du mal-être au travail sont nombreuses. L'ouvrage de Jean-Pierre Durand marque cependant une rupture, car il permet de comprendre, à travers plusieurs illustrations bien choisies, comment et pourquoi le mal-être au travail est paré des vertus les plus positives d'aspiration à la liberté et au bonheur. Les qualités d'autonomie et de responsabilisation sont ainsi le prétexte à la remise en cause des collectifs de travail et de la solidarité. Les glissements sémantiques, la généralisation des pratiques d'évaluation accompagnent le processus de fabrication d'un "homme nouveau", celui dont le capitalisme libéral financier a besoin pour satisfaire les objectifs que lui assignent ses maîtres absolus : les actionnaires. Cet homme nouveau, homogène et sans visage, est appelé à travailler, consommer et... se taire, c'est-à-dire endogénéiser les injonctions qui lui sont adressées. Deux scenarios concluent le livre : celui - probable, selon Jean-Pierre Durand - d'une régression sociale généralisée marquée, en particulier, par une régression du droit, et celui d'un futur "enchanté". Même s'il n'y croit guère, Jean-Pierre Durand se donne la peine de nous donner les clés de ce futur : de nouvelles régulations économiques, la reconstruction de la planète, des entreprises dont les missions seraient revisitées, le partage de l'emploi au fondement d'un nouvel égalitarisme social.

Gabriel Colletis

Alternatives Economiques, n°374 (12/2017)
Alternatives Economiques - La fabrique de l'homme nouveau. Travailler, consommer et se taire ?