L'éditorial de Guillaume Duval

Trump au secours de l'Europe

Donald Trump ne s'en prend pas simplement aux Chinois en matière de commerce international. Il a aussi dénoncé les excédents allemands et menacé les constructeurs de ce pays d'une taxe de 35 % sur les véhicules importés aux Etats-Unis. Le 18 février dernier, Angela Merkel lui a répondu en invoquant la faiblesse excessive de l'euro puis en se défaussant : elle n'y peut rien, c'est de la faute à la Banque centrale européenne (BCE), qui tire la monnaie européenne vers le bas en faisant marcher la planche à billets.

Il faut reconnaître tout d'abord qu'en la circonstance, Donald Trump a raison de s'en prendre à l'Europe. Selon la Commission, la zone euro a dégagé l'an dernier un excédent de 384 milliards d'euros sur ses opérations courantes (ventes et achats de biens et de services), soit 3,6 % de son PIB. Cela signifie que nous aurions pu dépenser 384 milliards de plus en Europe en 2016, sans que cela ne pose aucun problème de financement : pas besoin de quémander auprès des Qataris ou des Chinois, nous avions produit nous-mêmes la richesse correspondante ! Malgré le chômage qui nous ronge, la pauvreté qui a explosé, le retard pris dans la transition énergétique..., nous ne l'avons pas fait, uniquement parce que nos propres politiques nous ont empêchés de le faire. Et Donald Trump nous montre à juste titre du doigt parce qu'en agissant ainsi, l'Europe ne pénalise pas seulement ses propres habitants, mais aussi toute l'économie mondiale. Dans un tel contexte, il est en effet anormal que la politique monétaire européenne continue de pousser l'euro à la baisse.

Mais contrairement à ce qu'elle prétend, c'est bien Angela Merkel qui détient pour une bonne part la clef de ce problème. Vu l'état de l'économie européenne, la BCE ne pourrait en effet adopter une politique monétaire moins laxiste que si, parallèlement, les Etats européens se dotaient de politiques budgétaires moins restrictives et de politiques du marché du travail moins déflationnistes. Des politiques que le gouvernement allemand tient pourtant à imposer à ses voisins. Donald Trump peut cependant probablement réussir là où les Européens ont échoué jusqu'ici : faire (enfin) entendre raison à l'opinion publique et aux dirigeants allemands.

Guillaume Duval

Alternatives Economiques, n°366, page 5 (03/2017)
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