Lectures
Économie et littérature
par Pierre Bras et Claire Pignol (dir.).
L'Harmattan, 2016, 284 p., 29 euros.

Aussi loin qu'on remonte dans le temps, on trouve trace de personnages littéraires ayant un rapport à l'économie, à commencer par l'argent. Qu'on songe à l'usurier Shylock (Shakespeare), à l'Avare (Molière) ou à Robinson Crusoé (Defoe). Mais il faut attendre le début du XIXe siècle pour que des romanciers rendent compte des transformations de la vie sociale en référence à la théorie économique. C'est le cas de Stendhal qui, le sait-on, fut un lecteur attentif de Jeremy Bentham, d'Adam Smith, de Jean-Baptiste Say, etc.

On ne s'étonnera donc pas de l'intérêt porté par quelques économistes à la littérature, illustré récemment par Thomas Piketty, qui, dans son Capital du XXIe siècle, s'appuie sur l'oeuvre de Balzac. Quitte à n'en retenir que ce qui sert sa démonstration, ainsi qu'on peut le lire dans l'introduction de ce numéro de la Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales. Lequel traite aussi des affinités de la littérature avec l'économie, au sens, cette fois, de discipline, du moins du temps où elle ne prétendait pas être une science expérimentale... En guise de démonstration, les premiers économistes (Etienne Bonnot de Condillac, David Ricardo...), est-il rappelé, n'hésitaient pas à recourir à des fictions ou à des fables. Si un Karl Marx (quoique lecteur attentif de Balzac) réprouvait cette pratique, un John Maynard Keynes (le grand oublié de ce numéro) a montré qu'on pouvait aussi théoriser dans un style littéraire, sans jargon, ni équation.

Sylvain Allemand

Alternatives Economiques, n°366, page 89 (03/2017)
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