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Abolir le droit à la fortune
par Philippe Richard.
Couleur livres, 2017, 224 p., 17 euros.

Les riches sont plus nuisibles qu'utiles, estime l'auteur, un économiste travaillant dans un cabinet d'expertise comptable au service des comités d'entreprise. Le patrimoine des 100 plus grandes fortunes françaises (250 milliards, souvent issus d'un héritage) a progressé de 22 milliards en 2014, soit 600 000 euros par jour et par nabab concerné. Ce qui alimente les inégalités, mais nourrit aussi la concurrence fiscale entre pays et engendre des comportements "opportunistes et cyniques" de rentiers.

Il propose donc d'instaurer un plafond (2 millions d'euros) au-delà duquel le patrimoine individuel excédentaire serait transféré à un organisme public au lieu d'être accumulé par les personnes concernées : "Il ne s'agit pas de supprimer la cupidité humaine, mais de la contenir", tout en maintenant l'économie de marché "sans classe dominante". Le 1 % le plus riche se verrait ainsi allégé de 1 750 milliards, dont un quart servirait à financer un plan quinquennal de relance à destination des ménages et des entreprises, ainsi que le financement d'investissements axés sur la transition écologique.

Le tout est chiffré de façon détaillée, avec même l'éventualité d'un plafonnement des revenus individuels. Bien que très argumenté, le point faible de ce livre est d'écarter un peu vite les effets pervers et les stratégies d'évitement possibles de cette révolution. Or, les révolutions se font rarement dans le calme... Un livre utile à la réflexion, mais à manier avec précaution.

Denis Clerc

Alternatives Economiques, n°366, page 89 (03/2017)
Alternatives Economiques - Abolir le droit à la fortune