Lectures
Le précariat. Les dangers d'une nouvelle classe
par Guy Standing.
Les éditions de l'opportun, 2017, 461 p., 22 euros.

Avant de publier son excellent livre sur la nature du capitalisme contemporain (voir Alternatives Economiques n° 365), l'économiste britannique Guy Standing s'est fait connaître par son analyse du développement du "précariat". Cet ouvrage remarquable et clair, publié pour la première fois en 2011, est désormais disponible en français.

Insécurité

La situation de précariat se caractérise non seulement par un emploi précaire, mais aussi par une absence de perspective de carrière, de sentiment d'identité professionnelle, des revenus faibles, peu de possibilité de formation, de faibles protections et une absence de représentation syndicale. Une part croissante de la population active des pays riches glisse vers le précariat et nourrit le vote populiste, s'inquiète Guy Standing.

Comment en est-on arrivé là ? La "marchandisation des entreprises", par la multiplication des fusions et acquisitions, conduit à des actionnaires peu soucieux des salariés. La flexibilisation des contrats de travail y participe également. Une fois pris dans le précariat, il est difficile d'en sortir.

Qui sont les victimes ? Les femmes et les jeunes non qualifiés (et de plus en plus ces derniers compte tenu de la marchandisation croissante de l'éducation), sans oublier les stagiaires et les seniors. On y retrouve également les migrants. Le nombre de ceux en situation illégale s'accroît, de même que le nombre des réfugiés. La migration est de plus en plus "circulatoire" (on ne reste pas au même endroit), féminine, étudiante et existe au sein même des grandes entreprises multinationales, et pas seulement au niveau des cadres.

Délitement

A côté du précariat, d'autres transformations touchent le monde du travail. Dans le capitalisme contemporain, le temps de travail tend vers le 24 heures sur 24 et le sept jours sur sept. Le travail du dimanche n'en est qu'un exemple parmi d'autres. La distinction entre vie professionnelle et vie privée s'estompe de plus en plus : on écoute sa musique personnelle au bureau et on travaille à la maison. La pression professionnelle est forte et l'aptitude à empêcher son auto-exploitation devient importante. Une partie croissante du travail est réalisée par les clients auxquels on demande de scanner leurs courses au supermarché ou bien de prendre des rendez-vous par l'intermédiaire de site Web plutôt que par un contact téléphonique, etc.

Parmi les solutions permettant de sortir du précariat, Guy Standing avance l'idée d'un revenu universel. Un livre qui plaira à Benoît Hamon !

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques, n°366, page 90 (03/2017)
Alternatives Economiques - Le précariat. Les dangers d'une nouvelle classe