L'éditorial de Guillaume Duval

Le pire n'est jamais sûr

Cette fois, on entre dans le vif du sujet de la présidentielle. Ces dernières semaines, le débat public a été dominé par la question du revenu universel. C'est ce qui a permis à Benoît Hamon de sortir du lot de la primaire de La belle alliance populaire. Après un quinquennat où les socialistes n'ont pas réussi à redonner espoir au pays, le "peuple de gauche" avait besoin en effet d'une perspective positive à moyen terme, au-delà du train-train gestionnaire : pour qu'elle puisse entraîner de nouveau, la gauche doit réinventer un projet de société qui prenne en compte à la fois la révolution numérique et la gravité de la crise écologique. On peut - et on doit - discuter la validité de celui proposé par Benoît Hamon, mais il a eu le mérite de porter le débat à ce niveau.

Pour autant, et Benoît Hamon lui-même en convient, le revenu universel ne peut pas constituer le coeur d'un programme pour 2017-2022. Or, il faut d'urgence se coltiner la dure réalité de l'ici et maintenant : que peut-on opposer aux émules français de Donald Trump qui espèrent que, comme lui, la xénophobie et le ressentiment populaire suffiront à les porter au pouvoir malgré l'inanité de leur programme ? Comment renforcer la plus que jamais indispensable intégration européenne bien que les politiques d'austérité aient divisé les peuples du Vieux Continent comme jamais depuis soixante ans ? Comment éviter que le modèle social hexagonal n'achève de se déliter sous les coups de boutoir de ceux qui rêvent d'un thatchérisme à la française ?

D'ici avril, le temps risque de manquer pour trouver les réponses adéquates à toutes ces questions et il n'est pas sûr de toute façon que les candidatures en présence le permettent. Mais ce n'est pas forcément d'un sauveur suprême dont nous avons le plus besoin. Il ne faut jamais oublier en effet que la Ve République n'est qu'en apparence un régime présidentiel : l'essentiel se jouera en réalité lors des élections législatives de juin prochain. La gauche et les écologistes sauront-ils d'ici là surmonter suffisamment leurs profondes divisions et leurs inépuisables rancoeurs pour réussir à offrir ensemble au pays une alternative crédible à l'ultralibéralisme et à la xénophobie ? Le pire n'est jamais sûr...

Guillaume Duval

Alternatives Economiques, n°365, page 5 (02/2017)
Alternatives Economiques - Le pire n'est jamais sûr