Lectures
The Corruption of Capitalism. Why Rentiers Thrive and Work Does not Pay
par Guy Standing.
Biteback Publishing, 2016, 352 p., 21,84 euros.

Il est d'usage de parler de notre "capitalisme mondialisé libéral". Pourtant, à bien y regarder, et c'est ce qu'a fait le chercheur britannique Guy Standing, la libéralisation de l'économie mondiale conduit à un capitalisme qui a peu de choses à voir avec les principes de la libre concurrence !

Pour Guy Standing, la rente est au coeur du fonctionnement de l'économie mondiale. Elle est immobilière ou financière et repose de plus en plus sur les droits de propriété intellectuelle. Les dépôts de brevets explosent dans le monde, alors même que de nombreuses études montrent que leur contenu en innovation est plutôt faible. L'image de l'entrepreneur entreprenant est également mise à mal lorsqu'on mesure le poids important de ce que les Anglo-Saxons ont baptisé de "corporate welfare", c'est-à-dire l'ensemble des subventions publiques que reçoivent les entreprises privées. Aux Etats-Unis, leur montant est estimé à rien de moins que l'équivalent de 6 % du PIB !

Accaparement

Le capitalisme s'est développé au cours des siècles notamment grâce au crédit. Le fait que des investisseurs acceptent de n'être qu'une part d'un ensemble et que des banquiers fassent le pari du développement de telle ou telle activité a été l'un des ressorts du développement économique. Ainsi peut-on suivre Guy Standing dans sa dénonciation du rôle du crédit, si l'on met en avant les phases d'excès financier dont est coutumier notre capitalisme contemporain et dont la crise des subprime a été le dernier avatar.

Les entreprises cherchent aussi à privatiser les bénéfices de biens et de services qui devraient appartenir à tous. On pense bien sûr à la nature et aux multinationales qui s'arrogent des droits de propriété sur l'eau, les ressources naturelles, les océans, les forêts, etc. Mais il existe également des communs sociaux, comme les retraites ou l'assurance maladie, et des communs culturels comme les oeuvres d'art, les bibliothèques, le sport de masse ou la presse. La privatisation des biens communs apparaît bien comme une source de profit importante pour les grandes entreprises.

Économie de concierges

En plus de la flexibilité du travail, l'économie collaborative revient, selon Guy Standing, à promouvoir le développement d'une "économie de concierges". Si l'on y ajoute les petites mains de plus en plus nombreuses du Net et les emplois à la carte du type contrats zéro heure, la nouvelle vague du capitalisme se développe sur le modèle social du XIXe siècle : une multiplication du travail à la tâche, réalisé par des indépendants, avec une faible couverture sociale.

Toutes ces dérives du capitalisme mondialisé pourraient être empêchées ou maîtrisées. Mais la force de ces entrepreneurs tient à ce qu'ils savent transformer leur capital économique en capital politique. Les liens entre élites politiques et élites entrepreneuriales assurent à ces dernières des gouvernements et des politiques qui servent globalement leurs intérêts. Il est à craindre que le gouvernement de Donald Trump en devienne un exemple historique. On est, décidément, très loin du libéralisme !

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques, n°365, page 86 (02/2017)
Alternatives Economiques - The Corruption of Capitalism. Why Rentiers Thrive and Work Does not Pay