Lectures
Contre l'allocation universelle
par Mateo Alaluf et Daniel Zamora (dir.).
Coll. Lettres libres, Lux, 2016, 116 p., 10 euros.

Un livre à contre-courant, qui entend tirer la sonnette d'alarme : en aguichant les naïfs, l'allocation universelle (ou revenu de base, d'existence, universel, inconditionnel) fait le lit du libéralisme le plus débridé. Daniel Zamora sonne la charge : avec ce système, chacun est sommé de se débrouiller et, s'il n'y parvient pas, c'est de sa faute. Adieu la socialisation et la réduction des inégalités, bienvenue à l'individualisation et au marché, juge de toutes choses : "A la lente intégration des pauvres dans les institutions du salariat, c'est désormais la rupture que prône le discours dominant." Mais la thèse devient excessive, voire erronée, lorsque l'auteur met en avant ATD comme fer de lance de cette évolution. Ou voit dans la lutte contre la pauvreté au niveau mondial l'influence du néolibéralisme.

Jean-Marie Harribey insiste plutôt sur le travail, "facteur de reconnaissance et d'intégration sociale". Il estime que le revenu universel, contrairement au travail, ne confère aucune valeur économique à ceux qui le perçoivent. Quant à Mateo Alaluf, il critique la position d'André Gorz, qui ne voyait pas que le revenu de base "déposséderait les travailleurs de leur capacité d'agir ". Un argumentaire plus théorique que pratique, et qui, même s'il fait réfléchir, risque de ne convaincre que les convaincus.

Daniel Cardot

Alternatives Economiques, n°365, page 87 (02/2017)
Alternatives Economiques - Contre l'allocation universelle