Lectures
Mélancolie de gauche. La force d'une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle)
par Enzo Traverso.
La Découverte, 2016, 228 p., 20 euros.

Quand on pense à ce qui définirait la gauche, viennent en tête l'égalité ou la foi dans le progrès, mais nul ne songerait à la mélancolie. Et pourtant, cet affect joue un rôle central dans la culture de la gauche, montre Enzo Traverso dans ce très bel essai. Professeur à l'université Cornell, après avoir longtemps enseigné en France, cet historien des idées s'appuie sur un matériau éclectique, films et autres images, pour analyser les ressorts de cette "tradition cachée", parce que discrète, souterraine et même souvent censurée et bannie des discours officiels.

En nous faisant voyager des peintures de Gustave Courbet aux films de Ken Loach, en passant par les écrits de Karl Marx ou de Walter Benjamin, l'auteur discerne différentes formes de cette mélancolie - mémoires individuelles et collectives des luttes passées, regret des opportunités manquées, etc. -, dont le dénominateur commun est le sentiment de défaite. Néanmoins, loin de représenter un "deuil pathologique", ce sentiment peut susciter l'énergie pour continuer à lutter, comme l'a notamment bien montré le philosophe et militant révolutionnaire Daniel Bensaïd, auquel le dernier chapitre rend un hommage justifié et inspirant.

Igor Martinache

Alternatives Economiques, n°365, page 89 (02/2017)
Alternatives Economiques - Mélancolie de gauche. La force d'une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle)